CORLAIX [entre ses dents]. Vous croyez?

BRAMBOURG. Mon oncle, bon gré mal gré, sut par conséquent tout ce qu'il devait savoir. Mais il était aveugle par vocation, et il avait trop aimé sa femme innocente … il continua à l'aimer coupable … Elle, inquiète d'abord … puis étonnée … puis vexée … humiliée, puis méprisante … eut tôt fait de s'enfuir avec son amant quelques six semaines plus tard … et en claquant les portes … Pour avoir été un mari trop débonnaire … le pauvre homme perdit ainsi d'un coup honneur et bonheur. Il mourut deux ou trois ans plus tard.

CORLAIX. Tant mieux pour lui. Et je l'en félicite. [Silence.] A propos, l'histoire est terminée?

BRAMBOURG. Mais oui.

CORLAIX. Vous ne vous rappelez pas d'autres détails?… Par exemple, sur ces excellents amis de Monsieur votre oncle … ces admirables amis … qui ne voulurent pas être complices?…

BRAMBOURG. Ma foi, je vous avoue …

CORLAIX. Dommage! je m'y intéressais, moi, à ces amis … à ces bons amis, honnêtes gens … sincères … l'histoire est vraiment finie? Brambourg, vous êtes bien de service, ce soir?

BRAMBOURG. Mais oui, Commandant, je suis de garde.

CORLAIX. En ce cas, faites-moi donc le plaisir d'aller donner un coup d'oeil personnel … vérifier qu'un homme est réellement éveillé dans chaque armement … faire une ronde dans tout le bâtiment … de l'avant à l'arrière comme c'est votre devoir et ne revenez qu'après avoir bien vérifié que tout est à poste et en ordre.

BRAMBOURG. Très bien, Commandant!