FERGASSOU. Hé! hé! il faut le temps.
JEANNE. Au moins, vous, Monsieur d'Artelles, vous êtes gentil, vous ne croyez pas à la guerre.
D'ARTELLES. Dites, pour être plus exacte que je n'ose pas l'espérer.
JEANNE. Ne parlez pas ainsi.
D'ARTELLES. Si je parlais autrement, vous me mépriseriez. Alors, j'aime mieux dire la vérité. C'est que vous êtes une Française, Madame, et vous verrez que les Françaises seront plus héroïques encore que ces Lacédémoniennes si vantées, qui faisaient des mots historiques au départ des guerriers … vous verrez … vous verrez … Elles embrasseront tout simplement leur mari, leurs frères … et elles se tairont … Ce sera beaucoup plus beau.
[Pendant ce colloque, sur un signe de Fergassou, tous les officiers se sont groupés derrière Corlaix pour suivre le déchiffrage avec anxiété. Maintenant le déchiffrage est fini. Sensation. Les visages des jeunes rayonnent. Les vieux sont plus graves. Corlaix fait signe de se taire en montrant Jeanne.]
JEANNE. C'est fini!… Eh bien, Fred?
CORLAIX. Oh! dépêche banale … [Il lit.] Marine … Paris.., etc … Dispositions prévues par précédents télégrammes numéros 457 et 462 désormais sans objet aucun navire ne devant se rendre à Bizerte jusqu'à nouvel ordre; faites immédiatement éteindre ses feux au croiseur Alma et rentrez dans le service normal. Transmettez. Accusez réception.
JEANNE. Mais c'est le contre-ordre exprès, cela?… Vous ne partez plus. L'Alma reste à Toulon. Alors, c'est la paix? Évidemment, puisque vous ne partez plus. Eh bien, Fred, vous ne dites rien?
CORLAIX. C'est le contre-ordre, en effet.