JEANNE. C'est la guerre. [Passant la main sur le front de d'Artelles et le regardant avec une infinie pitié.] La guerre! et tu vas partir …

LA VOIX DE DAGORNE [par l'entrebâillement de la porte]. La canot à vapeur est paré.

[La porte se referme. Jeanne et d'Artelles se sont séparés.]

JEANNE. Moi aussi, il faut que je parte et peut-être que jamais …

[Elle n'a pas le courage d'achever.]

D'ARTELLES. Non! cela serait une trop grande injustice! Tu ne peux pas t'en aller ainsi!… Tiens, je t'en supplie … Il est dix heures: à onze heures, le canot à vapeur doit retourner à terre pour le service … c'est moi qui l'expédierai, personne ne sera là … donne-moi cette heure-là, cette toute petite heure … Ne dis pas non!

JEANNE. Tu sais bien que c'est une chose impossible.

D'ARTELLES. Mais non! sous la capote du canot qui peut voir s'il y a une femme ou deux? Ne dis pas non tout de suite. Une ruse quelconque … un objet oublié, par exemple … Tout le monde court à sa recherche … Tu restes seule sur le pont. Libre!

JEANNE. Assez!

D'ARTELLES. Ma chambre est juste en face de l'échelle du panneau des officiers. D'ailleurs, tu connais le croiseur … Je t'en supplie, si j'ai mérité un beau souvenir, fais qu'il n'y ait qu'une femme tout à l'heure, sous la capote du canot, et cela est facile avec la complicité de ta soeur. Dans une heure, tu repartiras sans que personne t'ai vue. Songe que peut-être jamais …