D'ARTELLES. Merci, Commandant. Je répète: voilà six jours que nous sommes tous consignés à bord dans l'attente de cet appareillage problématique, en sorte que ce soir, qui est peut-être notre dernier soir de paix, notre "Veille d'Armes", quoi, nous nous apprêtions tous à souper à la mode des anciens chevaliers …
ALICE. Ils jeûnaient les anciens chevaliers …
D'ARTELLES. C'est bien ce que je voulais dire, Mademoiselle, nous nous apprêtions tous à jeûner comme eux, et vous nous avez épargné cette tristesse-là, Commandant, vous nous l'avez épargnée somptueusement, d'abord en nous réunissant autour d'une table de famille, et de plus, en y faisant asseoir avec nous de quoi réjouir nos yeux et de quoi réconforter nos coeurs. C'est de cela surtout que je tiens à vous exprimer notre reconnaissance. Et je suis sûr que vous ne m'en voudrez pas si je lève mon verre à la santé de vos charmantes invitées plutôt qu'à la vôtre comme je devrais le faire.
[Corlaix s'incline.] [Applaudissements, bravos, etc. Brouhaha, Corlaix se lève. Tout le monde l'imite.]
CORLAIX. Merci, d'Artelles. Gentil comme toujours!… Et sur ce …
Mesdames …
[Fergassou s'avance vers Mme de Corlaix, Rabeuf vers Alice.]
FERGASSOU. Hé bé, Madame, sans avoir l'air de rien, c'est un petit compliment de derrière les fagots qu'il vous a tourné, ce d'Artelles.
JEANNE. Je crois bien. [Elle prend le bras de Fergassou, puis s'arrête.] Et tenez, j'ai même envie de lui dire merci … Commandant Fergassou vous êtes trop gentil pour m'en vouloir. [Elle lâche le bras de Fergassou, court à d'Artelles, passe avec lui. Jeux de scène. Ils causent à voix basse. Alice passe au bras de Rabeuf, Birodart, Fergassou, Vertillac et Brambourg ferment la marche.]
BRAMBOURG. [à Fergassou] Vous voilà en pénitence, commandant Fergassou: privé de jolie femme.
FERGASSOU. Mon brave Monsieur Brambourg, ce qui me priverait, moi, quand je peux faire plaisir à mes amis, ce serait de ne pas le faire.