[Alice et Le Duc l'installent dans un fauteuil.]
ALICE. Encore? Vous avez déjà subi un interrogatoire mardi.
CORLAIX. Il paraît que celui-là ne suffit pas, qu'il en faut un autre plus beau, de qualité au-dessus et on va tout recommencer à partir du commencement. A cet effet, le commandant Morbraz, commissaire du Gouvernement près le Conseil de guerre va venir d'un moment à l'autre m'interroger une seconde fois.
ALICE. Ce vieux fou! Était-ce une raison pour vous lever?
CORLAIX. Mademoiselle Alice, le commandant Morbraz a été mon capitaine de compagne sur l'Austerlitz dans le temps que j'étais enseigne. Il est vieux, c'est vrai, très vieux même, original aussi, mais pas fou du tout, croyez-le bien. Pour rester dans mon lit à sa dernière visite, j'avais une excuse: j'étais presque mourant.
ALICE. Vous exagérez.
CORLAIX. J'ai dit presque, mais aujourd'hui, je serais inexcusable. Je me porte comme un charme. [Le Duc sort après avoir posé un dossier qu'il apportait, sur un petit meuble à portée de Corlaix. Celui-ci cherche Jeanne des yeux, et de la main il écarte doucement Alice qui, volontairement, la masque à sa vue.] Jeanne, ma petite Jeanne, pourquoi restez-vous si loin. [Jeanne fait un effort sur elle-même et se résigne à approcher. Corlaix la regarde avec étonnement.]
ALICE. Votre femme vous boude et elle a bien raison. Vous n'auriez pas dû vous lever.
JEANNE. En effet, c'est une imprudence.
ALICE. Une grande imprudence.