Le quelqu'un qui était là était par hasard une dame; et qui mieux est, une dame à cheveux blancs: deux raisons pour une de n'être pas aussi lourdaud que je suis. Narquoise, elle releva donc mes paroles,—d'un air de n'y pas toucher:
—Hélas,—dit-elle,—la pauvre bête! elle rêve chatons...
Et j'en demeure, à l'heure qu'il est, perplexe encore...
Chatons?... ou chat?...
Amours, ou progéniture?... Bébés? ou manière de les faire?...
Ne riez pas, s'il vous plaît! ne criez pas au paradoxe! Je reconnais tout de suite que ma chatte, chantant à pleine gorge son chant le plus lascif, et s'étirant tant qu'elle peut sur tous mes tapis a beaucoup plutôt l'air d'appeler le matou proche que les lointaines joies de la maternité...
Tout de même!... on ne rêve un peu nettement que d'objets connus. Alors? n'oubliez pas que, depuis sa naissance, le Chat-Comme-Ça vit dans une tour d'ivoire, absolument cadenassée. Il n'en est jamais sorti. Nul chat ni chatte jamais n'y sont entrés. Rêver chat? il n'en a jamais vu! Davantage: le mystère des sexes doit demeurer forcément pour lui lettre morte: qui lui en aurait soufflé mot? quelle autre bestiole parlant son langage? Tournez et retournez la question tant qu'il vous plaira; pensez-y, comme disent les Chinois, d'abord à droite, ensuite à gauche; appelez à la rescousse vos souvenirs de puberté; et, pour finir, avouez loyalement qu'il faut admettre en l'occurrence une vraie révélation d'En Haut.
Vous l'admettez? Moi de même. Alors, crions au miracle,—ou au miracle et demi. Chatons ou chat, un ange a dû passer par là. Et, pour conclure, quand la chatte en folie nous assourdira, nous nous en consolerons en pensant que, peut-être, la vertu de chasteté est beaucoup moins offensée en l'occurrence qu'il n'y parait...
Peut-être même la fin de cette histoire jettera-t-elle un soupçon de lumière sur ce problème obscur à souhait?...
Le fait est que je viens d'employer le verbe «assourdir»... L'ayant écrit, j'aurais quelque impudence à prétendre à présent que le Chat-Comme-Ça, en ses heures d'émoi, fut toujours une bête silencieuse. Au contraire. Qu'elle jetât ses appels vers chatons ou matou, elle y mit si peu de discrétion que la maison se concerta entière pour me députer une ambassade, et me conjurer, avec toutes les supplications imaginables, d'avoir du même coup pitié de la bête miaulante et pitié des oreilles qu'elle déchirait. En somme, rien n'était plus facile; et c'était l'éternelle chanson: Marie crie pour qu'on la marie. Un mari, cela se trouve. Surtout pour les fiancées à quatre pattes et queue fourrée.