—Chat, explique-moi? ce beau matou blanc ... tu n'en as pas voulu?
Silence.
—Pourquoi?
Silence encore. Mon chat me regarde toujours, avec une attention qui insiste. Ses yeux, bleu pur au temps de sa petite enfance, ont peu à peu tourné au jaune assombri de la topaze brûlée.
—Eh bien, chat? ce matou blanc, ce me semble, n'en était pas moins un fort beau chat; très amoureux, j'en suis persuadé; fort bien élevé, c'était visible. Tu l'as tout de même repoussé, refoulé, brutalement, avec perte et fracas... Pourquoi? Tu étais amoureux pourtant, comme lui-même ... plus que lui, qui sait!... alors?
Cette fois, un long miaulement, très mélancolique. Je ne comprends mon chat, quand il me parle, qu'à moitié. Mais j'ai souvent eu l'intuition que mon chat, quand je lui parle, me comprend, lui, tout à fait, ou peu s'en faut.
A supposer que oui, ce miaulement, que veut-il dire? et que faut-il lire dans ces beaux yeux mordorés, qui appuient avec intensité leur regard inquisiteur au plus profond de mes prunelles?
Je ne sais...
Dans ce panier, dans ce panier-litière à l'inexorable couvercle, dans ce panier qui préserva, au cours de l'obscur voyage que j'ai dit, les yeux du Chat-Comme-Ça de toute vision réelle, de tout démenti à l'azur sans tache de ses rêves, dans ce panier qui, deux immenses heures durant, porta vers l'inconnu ma chatte et sa fortune, à quoi la voyageuse avait-elle pu songer? vers quelles amours couleur de temps, couleur de ciel, couleur de lune et de soleil s'était-elle cru transportée, la fiancée au Prince des Chats Charmants? Et de quelles hauteurs splendides était-elle retombée, que tant et tant d'espoirs magiques avaient soudain fait place à cette réalité terre à terre: un matou blanc?
—Miaou!...