Vous appelez ça une détresse? Être ce que furent César, Napoléon, Molière et La Fontaine? Vous êtes dégoûté!... Moi, j'appelle ça une veine si vous êtes joueur et une médecine si vous êtes amoureux. Et vous voudriez que je prive un ami de cette panacée ou de ce fétiche? Je n'en ferai jamais rien. Et ma raison me dit que, ce faisant, je ferai bien.

D'ailleurs, en l'occurrence, j'avais un autre motif de me taire: des vingt galants, le vingtième était moi-même. Alors, dame! charité bien ordonnée commençant par soi-même...

Vous voyez...

D'ailleurs, vous me la baillez belle, avec votre indignation: «J'ai laissé mon bon ami dans sa détresse...» Comment l'en aurais-je retiré! Vous connaissez le moyen d'empêcher une femme de n'en faire qu'à sa tête et d'aimer où bon lui semble?

—Mais il fallait...

—Pardon? Vous dites?... Il fallait avertir le mari?

Oh! que non, bonnes gens! Il fallait tout ce qu'il vous plaira, plutôt que cette incommensurable bêtise! Et la fin de l'histoire vous va prouver qu'il fallait au contraire, précisément, ne pas l'avertir.

Car si grosse que soit une bêtise, il se trouve toujours un imbécile plus gros qu'elle pour la faire. L'imbécile donc se trouva. Et il s'en fut tout droit chez le mari, faire la bêtise: avertir cet homme qui ne demandait pourtant qu'à n'être pas averti.

Et il arriva ce qui devait arriver. L'imbécile n'eut pas plutôt lâché le paquet:

—Monsieur, votre femme vous trompe!