Ce que je viens de vous exposer avait débuté en mars 1909, il y a eu tout juste un an, avant-hier. Cette année s'était écoulée le plus paisiblement du monde. Mon amie et moi, nous étions, petit à petit, gentiment habitués l'un à l'autre. Si bien qu'au caprice de la prime rencontre avait succédé, sinon l'amour, du moins une tendresse véritable et fort douce.

Or, samedi dernier, étant au lit ensemble, je m'avisai de la date que marquait notre calendrier: le mardi qui allait venir devait être l'anniversaire de cette prime rencontre que je rappelais à l'instant. Et j'offris à ma compagne de fêter de notre mieux un anniversaire aussi favorable.

—Très bonne idée!—me dit-elle.—Eh bien! veux-tu que, mardi, nous soupions d'abord n'importe où et qu'ensuite tu me ramènes ici?

Ici, c'était chez elle, rue Nollet. J'approuvai naturellement le programme, et je le complétai:

—Rien ne nous empêche même de commencer la fête plus tôt. Si ça te plaît, je passerai te prendre en auto dans l'après-midi pour une promenade où tu voudras. Ton mari est à Poitiers, je crois?

—A Poitiers, oui.

—Par surcroît de prudence, envoie-moi donc un bleu mardi matin. Et je frapperai à ta porte entre deux et trois heures.

Écoutez, à présent!

Mardi, à onze heures et demie, le bleu convenu m'arriva, timbré de neuf heures quarante.—Je vous le copie ici, pour plus de clarté:

Monsieur Allevard

40, rue du Cirque (VIIIe).

T'attends avec impatience. Bon anniversaire, mon chéri! A toi toute ta petite aimée.