A Augusto Gilbert de Voisins.
La chambre, très jolie et d'un luxe délicat, avait été parée comme pour une fête. La table à goûter était servie, et l'on avait répandu des violettes sur la petite nappe de dentelle. Des grains de myrrhe s'évaporaient dans le brûle-parfums. Et, formant abat-jour autour des quatre lampes, des guirlandes d'orchidées retombaient en cascades. Sur le lit,—un lit de reine amoureuse, bas comme un divan et plus large que long,—une soierie de Chine rayonnait, féeriquement brodée de dix mille nuances pareilles au bariolage divin des ciels de printemps. Enfin, sur la laine épaisse du tapis, un chemin de roses effeuillées allait de la porte à la table et de la table au lit...
Seulement, dans ce lit, au lieu d'un couple d'amants enlacés, il y avait un agonisant dont les mains transparentes esquissaient déjà le geste funèbre de ramener les draps,—d'attirer le linceul. Au chevet, une infirmière, l'aide dans sa robe de toile bise, remplaçait la maîtresse absente.
Frédéric de Guibre, ce soir-là, achevait de mourir. Péritonite foudroyante, continuant une appendicite maladroitement opérée. Quatre jours plus tôt, la santé. A présent, l'agonie. Rien à faire, d'ailleurs. Le diagnostic était tombé tout à l'heure des lèvres du médecin. Guibre, brave, avait exigé la vérité. On la lui avait dite: quatre heures encore à vivre, pas une de plus.
—Ça me donne jusqu'à huit heures à peu près?
—Oui.
—Bien. Merci.
Et il s'était tu.
Sur sa face déjà figée, rien ne transparaissait; ni angoisse, ni souffrance. Stoïque, il songeait.
Il allait donc mourir,—mourir ce jourd'hui, 21 janvier 1909,—un mercredi...