Un mercredi. Or, chaque mercredi, depuis plus de quatre années, une femme était venue, sans y manquer jamais, dans cette même chambre, où lui, Frédéric de Guibre, allait mourir. Une femme qui, pour lui, avait été la femme unique, adorée, vénérée, idolâtrée, maîtresse, sœur, amie, fée, déesse, tout,—tout ensemble. Une femme vers laquelle, consciemment ou inconsciemment, il avait dirigé chacun de ses actes, chacune de ses pensées, chacun de ses rêves. Une femme à laquelle il avait tout sacrifié, tout donné, tout prodigué avec joie, avec ivresse, avec folie...
Chaque mercredi, elle était venue. Elle viendrait encore ce mercredi-ci, le dernier. Elle viendrait tout à l'heure. Il la reverrait. C'était pour elle, le goûter servi, les roses effeuillées, la chambre parée;—pour elle. Il la reverrait. Il mourrait dans ses bras. Sur les lèvres déjà exsangues, un sourire naquit, dura... Goûter une fois encore la douceur de l'étreinte, goûter une fois encore le miel du baiser,—en vérité, en vérité, la mort auprès de ce bonheur surhumain, n'était pas grand chose.
Au mur, le cartel sonnait cinq heures. Le mourant songea: «Elle ne tardera plus beaucoup...»
Elle ne tarda plus que de quarante minutes.
A vrai dire, elle ne savait pas qu'il fût mourant. Elle ne savait même pas qu'il fût malade. Sur le seuil, elle s'arrêta, stupéfaite et angoissée:
—Oh! Fred!... vous êtes souffrant?
Il la regarda, sans amertume, ni mélancolie:
—Oui... Cela ne fait rien...
Elle avança. Elle vint jusqu'au lit, surmontant une imperceptible répugnance. Elle baisa très gentiment la tempe brûlante et sèche:
—Mon pauvre ami, dites, ce n'est pas grave, au moins?