C'était le matin. Allant, venant, tournant, trottant, galopant, tournoyant, tourbillonnant, courant après sa queue et courant après son ombre, le Chat-Comme-Ça venait d'engager une formidable partie de cache-cache avec le balai mécanique. Le balai d'ailleurs s'y prêtait de mauvaise grâce, étant lui-même en train de jouer, et de jouer le vrai jeu des balais, avec la poussière du salon. Les petits chats sont d'ailleurs tous comme cela: ils veulent toujours jouer avec les grands chats, ou avec les grandes personnes, ou avec les grandes choses. Et le résultat fut, cette fois encore, comme il est toujours: le balai, excédé par trop et trop de cabrioles, fit un geste brusque, et le Chat-Comme-Ça, caressé sous le menton d'une bonne tape de bois de frêne, cessa le jeu tout net, et s'en fut, mélancolique, rêver à la brutalité de la vie en général, et des balais mécaniques en particulier, dans la salle de bain.
... Dans la salle de bain, où, par un piège paternel de la Providence, le bain, tout juste à point, attendait d'être pris...
C'est joliment joli, un bain tout préparé, dans une belle baignoire blanche! L'eau là-dedans paraît verte, d'un vert léger, léger comme feuille de bouleau au premier printemps; et les robinets argentés du chauffe-bain s'y reflètent et dansent sur la surface oscillante. Des gouttes tombent une à une, et font des ronds qui vont s'élargissant un à un, et vous n'avez jamais songé, je suis sûr, combien ce serait amusant de s'asseoir, tout près, sur le rebord de grès émaillé, et d'attraper au vol, d'une patte en cuillère, ces gouttes qui dégringolent du robinet dans la baignoire et qui ont l'air de ricocher...
Plouf!
Je n'étais pas dans la salle de bain. Mais en entendant ce plouf-là, je compris tout de suite le cas.
Dans le temps qu'ayant glissé, puis chu, puis s'étant enfoncé, le Chat-Comme-Ça disparut tout entier, pour la première fois de sa vie, au sein de l'aquatique empire, sa sensation exclusive fut une terreur épouvantable. L'eau du bain n'était ni froide ni chaude. Je veux dire qu'elle était juste à la température de la bestiole vivante qui venait d'y faire plongeon. Le Chat-Comme-Ça n'eut donc ni chaud ni froid. Il eut peur tout court. Et n'ayant rien d'autre à faire qu'à avoir peur, il eut peur tout son saoul, tant qu'il put, à s'évanouir, et de la pointe des poils de sa naissante moustache de chat jusqu'à l'extrême bout de ses quatre pattes recroquevillées d'horreur.
Par chance, un miracle survint. Comme les quatre pattes recroquevillées se convulsaient et battaient, comme font toutes pattes de chat agonisant, lesquelles ramènent à soi les draps d'un lit fictif, l'eau fouettée réagit et le Chat-Comme-Ça nagea. Un miracle, je vous ai dit; un miracle, obligatoire et réglementaire: tous les chatons nagent d'instinct et le mieux du monde. Le Chat-Comme-Ça, toutefois, qui n'en savait rien, en fut éberlué; mais pas moins content, au contraire.
—Ouf!—se dit-il, soulagé d'un monde:—voilà qui va déjà beaucoup mieux ... je me suis cru noyé, sinon pis. Mais n'importe: je n'avais sûrement pas le droit de tomber là-dedans, et je me suis mis dans un cas pendable...
(Ce disant, il nageait de toutes ses pattes.)
»... Dans un cas pendable, oui!... et la plus simple prudence m'engage à me tirer de là par mes propres moyens, si faire se peut et sans tapage...