Mon ami, je vous en prie, soyez prudent, plus prudent que vous n'êtes. Ne m'écrivez pas de semblables folies. N'avez-vous pas assez d'un jour par semaine pour me les dire? Songez aux ennuis sans fin que me vaudrait une lettre décachetée...
Et encore:
Vos fleurs sont les plus jolies que j'ai jamais reçues; on les dirait choisies une à une... Je veux vous récompenser, venez ce soir à l'Opéra, nous serons toute une bande très joyeuse, on soupera n'importe où ... et je vous promets une robe très belle que vous ne connaissez pas encore...
Des yeux, brusquement embués, deux larmes jaillirent.
Quoi? c'était cela? ce n'était que cela?
Et, soudain une grande honte amère submergea le cœur douloureux, déchiré, désespéré. Elle comprenait, maintenant, elle sentait, elle voyait. On l'avait aimée, comme les dévots n'aiment pas leur madone; et, elle, n'avait pas, n'avait jamais aimé. A cette passion merveilleuse dont on l'avait enveloppée toute, elle avait répondu d'une affection banale, à peine colorée d'une teinte de tendresse et d'un soupçon de sensualité. Et cet amant, qui lui avait tant donné et à qui elle avait rendu si peu, voici qu'il allait aujourd'hui mourir, mourir sans qu'elle eût devant elle un seul jour pour lui payer, n'importe comment, cette prodigieuse dette d'amour, pour lui rendre, fût-ce en une seule étreinte, ardeur pour ardeur, délire pour délire, folie pour folie?...
Un sursaut de désespoir la jeta à genoux contre le lit. Et, sur la main, déjà froide, elle colla éperdument sa bouche.
Elle allait parler, tout dire, vider son âme, crier son repentir et son remords. Mais, dans le même instant, le cartel, au mur, sonna sept coups. Et ce fut l'amant qui parla:
—Il est l'heure... Vous êtes venue ... merci! A présent, il est l'heure ... partez. Adieu!...
Elle releva la tête. Elle le regarda, ayant entendu, ne comprenant pas. Il répéta: