«Parce que nos mères nous ont enfantés des deux côtés de l'Océan, parce qu'on nous a endormis dans nos berceaux avec des chansons différentes, parce qu'on nous a inventé des dieux qui ne se ressemblent pas, voilà qu'une grande muraille est entre nous, plus haute, plus farouche, plus infranchissable cent fois que toutes celles de Chine.

XV

Nectar-hanoun écouta très attentivement.

Mais elle ne comprit guère que ceci: l'étranger avait du chagrin. Alors, pour le consoler, elle le reprit dans ses bras souples.

XVI

Des jours passèrent, Nectar-hanoun dansait chaque soir dans divers théâtres. Plusieurs fois l'étranger lui demanda de revenir dans la maison turque de la rue Abdullah. Elle revint très volontiers, n'ayant pas de répugnance pour lui. D'ailleurs, il payait cher.

Mais, maintenant, ils n'échangeaient que de courtes phrases polies. Et ils s'aimaient en silence. Ou bien encore, quand il l'en priait, elle demeurait nue devant lui, dans sa belle attitude cambrée. Et il la regardait avec mélancolie.

XVII

Un jour, l'étranger lui envoya la vieille femme qui ouvre les loges:

—Hanoun-effendi, ton ami frank voudrait te faire danser et chanter, en costume, devant des seigneurs de son pays, qui sont venus lui rendre visite à Stamboul.