Nectar-hanoun dansait souvent dans les harems, devant les dames turques. Mais danser devant des Franks, c'était une chose nouvelle. Elle s'inquiéta: Allah a fait le lièvre...
Mais, précisément, les dernières pluies avaient beaucoup abîmé la maison de bois de Kadi-Keuy, et les parents de Nectar-hanoun pleuraient misère. Nectar-hanoun calcula qu'un peu d'argent serait bien utile. Elle fit son prix et réclama un paiement d'avance. Le père de Nectar-hanoun fit le lendemain repeindre sa vieille maison, avec de belle peinture rouge et jaune.
XVIII
A l'heure convenue, Nectar-hanoun, dans son plus beau costume de tchinn ghane, entra dans la salle où les seigneurs franks attendaient.
Ils étaient huit ou dix. Ils avaient des dames avec eux. Des dames franques, naturellement: dévoilées; très jolies.
L'une regarda Nectar-hanoun avec d'étranges yeux noirs calmes. Et Nectar-hanoun se sentit soudain percée par ces yeux-là, comme par des épées.
Elle frissonna. Tout de même elle surmonta son trouble, fit correctement ses révérences. Puis, à la mode des harems, elle vint tendre sa main aux dames dévoilées. Mais le cœur lui faillit en touchant celle dont les yeux la blessaient de plus en plus, la blessaient jusqu'à l'âme... Et elle eut un grand étonnement bizarre, à sentir que la main qu'on lui donnait était douce, brûlante et vivante, à sa propre main pareille...
XIX
Nectar-hanoun dansa.
De tout son talent, de toute sa grâce. A l'étrangère, elle voulait, sans savoir pourquoi, prodiguer sa beauté et son art.