Elle dansa des pas jolis et sauvages. Ces pas-là, Perrouz-hanoun les lui avait appris patiemment et minutieusement, et chaque détail en était réglé et immuable. Mais c'était tellement différent de tout ce que l'on voit aux pays des Franks que cela paraissait improvisé.

Elle s'élançait, impétueuse et aérienne,—et tout d'un coup, cassait son élan, pour s'épanouir en une pause voluptueuse;—l'instant d'après elle repartait.—Elle tournoyait comme éperdue,—et se figeait les poings aux hanches;—et ces hanches lascives achevaient le rythme interrompu.—Immobile ensuite, et comme gaînée de marbre des pieds à la taille, son buste seul ondulait et se gonflait,—puis ses seins,—puis son cou,—puis sa tête malicieuse.—Et, brusquement rendue au mouvement, redevenue chair et vie, elle bondissait toute.

Elle chantait en dansant. Elle chantait des chansons très sensuelles et énervantes. Elle chantait d'une voix douce et rauque, pareille à la voix des femmes en amour. Et, dans ce chant-là, il y avait des baisers, des étreintes, des spasmes. Mais ce n'était pas inconvenant du tout, à cause de la volupté qui emplissait chaque son, une volupté grave, âpre, religieuse...

XX

Nectar-hanoun dansa très longtemps. Devant l'étrangère, elle aurait souhaité danser toute la nuit, danser toute la vie.

A la fin, elle se souvint du plaisir que préférait son ami frank, dans leurs rendez-vous d'amour. Alors, d'instinct, sans réfléchir, elle fit face à l'étrangère, et s'offrit, toute, dans sa belle attitude cambrée.

XXI

Elle avait très chaud. De petites perles suintaient de ses tempes.

Les seigneurs franks la complimentèrent beaucoup, avec des phrases extrêmement polies.

L'étrangère, à son tour, parla en souriant, dans son langage inconnu.