Alors, une après une, les trente secondes mortelles se traînèrent.

La petite était venue chercher un crayon à migraine. Mais, le crayon trouvé, elle ne s'en alla pas tout de suite. Un siècle durant, j'entendis son pas léger errer çà et là par la chambre. Deux fois, elle frôla mon rideau qui remua. Elle se plaignait à mi-voix, quêtant une caresse maternelle: le champagne était un peu lourd dans sa tête. Elle bavardait néanmoins, rappelant toute cette mémorable journée de fête, les cadeaux qu'on lui avait faits, le dîner, les tziganes, moi-même, et faisant des projets pour la prochaine journée. Reprise maintenant par sa terreur atroce, la mère, pétrifiée de nouveau, ne parlait plus, n'osait souffler...

Et, à la fin, la fillette s'inquiéta de ce silence; j'entendis:

—Mais, maman, est-ce que tu es souffrante, toi aussi? Tu es toute pâle? Tu as l'air oppressée? Veux-tu que je t'ouvre un moment la fenêtre.

Cette seconde-là fut la pire des trente. Le pas léger vint droit à ma cachette. D'instinct, je baissai une main pour cacher, au moins, ma nudité à cette enfant...

Mais, à temps, la mère eut la force de répondre:

—Non! non! n'ouvre pas, j'ai froid, au contraire...

Et le pas terrifiant s'arrêta.

C'était la fin de l'épreuve. La voix puérile, l'instant d'après, reprit:

—Tu as froid? Mais alors, il faut te recoucher, ma pauvre maman! et vite, vite, vite! Je me sauve! Bonsoir! dors bien!...