Lui, s'élança derrière elle. Au passage, il jeta un ordre au valet:

—Téléphonez à la gare: un sleeping dans le rapide...

L'auto gronda dans la rue nocturne...

Alors, seul à seule, ils relevèrent leurs masques, pour goûter à leurs lèvres. Mais, comme la nuit épaississait son ombre autour de leur étreinte, ils ne se virent pas, pas encore...

Et ils ne se virent pas davantage ensuite, dans l'obscurité plus secrète du sleeping, fuyant vertigineux par les plaines et par les monts.

Or, ils s'aimèrent, puis dormirent. Dans le wagon sombre, leurs deux corps enlacés faisaient une tache soyeuse couleur de ciel et couleur d'aurore. Un reste de rêve planait encore sur leur sommeil.

Mais, peu à peu, la vitre du sleeping blanchit. L'aube se leva, blême et froide comme un suaire. Des nuages bas pesèrent sur une campagne triste, champs boueux, squelettes d'arbres, givre épars. Le jour chassa la nuit, un jour d'hiver, décoloré, lugubre. Le velours azur et le satin rubis ne furent plus que des oripeaux froissés, souillés, grotesques.

Et, ensemble, l'amante et l'amant se réveillèrent. Le train franchissait un fleuve. Alentour, des vagues de brouillard flottaient. Une ville transparaissait au-dessous. Des cheminées d'usine émergeaient, mêlant leurs fumées aux nuages.

Le train stoppa. Des employés se hâtèrent le long des wagons:

—Lyon! quinze minutes d'arrêt...