Les rues en escaliers... Les hautes portes barrées de chaînes... La route pavée, entre ses acacias fleuris qui embaument... La plaine enfin, toute verdoyante, et clairsemée de tentes pointues...

La villa de Sid Mohamed ben Chékib est entourée d'un grand mur bleuâtre. On entre par une voûte oblique. Des gardes, accroupis sur leurs nattes, se lèvent en hâte à la vue du maître.

Sid Mohamed met pied à terre, franchit le jardin plein de roses, pénètre dans l'habitation, traverse deux salles de marbre et de stuc, ciselées comme dentelles...

Une troisième salle très tapissée... Deux négresses, debout, au seuil, se prosternent. Trois femmes blanches sont là, belles et parées.. Sid Mohameh s'est sans doute trompé tout à l'heure, en affirmant que son harem était à Rabat ... trois femmes blanches sont là, et s'immobilisent soudain, dans une attitude d'extrême respect...

Sid Mohamed, sans dire mot, marche vers l'une des trois qui s'appuyait l'instant d'avant sur un fort beau coussin de soie brodé.

—Donne!—commande-t-il en arabe.

Il prend le coussin, le jette vers les négresses avec un ordre bref, qu'il laisse tomber par-dessus l'épaule, dédaigneusement.

Les trois femmes ont écouté, muettes.

Alors, il passe devant elles, les regardant l'une après l'autre, lentement. Et, s'arrêtant enfin, il en touche une du bout de sa cravache:

—Toi,—dit-il.