—Vous me rendez confus!... Et combien on regrettera, à Rabat, l'honneur charmant que vous vouliez nous faire!... J'y songe, madame, daignerez-vous me rendre très heureux?... J'ai reçu hier, de là-bas, une broderie qu'on a faite pour moi... Cela peut servir de coussin... Ici, que puis-je faire d'un coussin? Et la brodeuse serait si fière d'apprendre que vous avez accepté ce très modeste présent...
—Oh! jamais de la vie...
—Pourquoi? Raisonnablement, vous ne pouvez pas refuser... Ce serait une injure! Allons, voilà qui est dit. Je vous apporterai cette bagatelle demain, au tennis...
Le cercle est rompu. Le ministre vient d'inviter ses hôtes à passer dans le salon voisin, où sont exposés de somptueux tapis, envoi fraternel de S. M. le sultan à S. M. le roi de Bohème... Sid Mohamed s'attarde, et retient avec lui la dame française si blonde, et profite ingénieusement du tête à tête pour conter fleurette... Et la dame semble écouter sans déplaisir...
—Un flirt?—questionne discrètement, du pas de la porte, le duc d'Étioles.
—Oh! réplique en riant un diplomate bien informé,—Sid Mohamed ne manque jamais une occasion de rafraîchir ses souvenirs de la plaine Monceau...
—Moi qui me figurais que les Arabes avaient su maintenir la femme à sa bonne vieille place domestique, et refouler intelligemment la marée montante de nos modernes amazones! Je déchante! Est-ce qu'il y a beaucoup de caïds comme celui-là entre Tanger et Agadir?
Le diplomate bien informé allonge une moue bien indécise:
—Comme celui-là? Non, je pense... Quoique, peut-être, celui-là ne soit pas tout à fait le personnage que vous imaginez...
Minuit. Sid Mohamed ben Chékib, enveloppé maintenant de sa djellaba bleu sombre et de son grand burnous neigeux, monte à cheval pour regagner sa villa, la villa où il campe. Un écuyer tient la bête par la bride. Un valet marche devant, portant lanterne. Et deux soldats à casque rouge suivent, fusil au poing.