—Ils sont allés se coucher,—dit Fleurac.

—C'est à voir,—répliquai-je.—Entrons plus avant.

Tous les logis créoles sont disposés comme je vais vous dire: à la salle basse succède une chambre à coucher; d'autres chambres sont à l'étage supérieur; mais, presque toujours, celle du rez-de-chaussée, plus élégante et surtout plus proche de la rue, est attribuée, par raison d'utilité publique, à la plus avenante des jeunes filles de la maison.

Je poussai la porte de cette chambre. Quatre bougies allumées y faisaient grande lumière. Je ne pris pas le temps d'admirer cet éclairage inusité, parce que je vis d'abord le lit, et la petite Mayotte couchée dans le lit.

Chut!—dis-je:—elle dort.

Fleurac entrait derrière moi, sur la pointe des pieds.

Elle était adorable, la petite Mayotte endormie: couchée sur le dos, les mains sagement jointes, les paupières tout à fait closes et le plus angélique sourire sur sa petite frimousse quasi virginale ... plus blanche que sa chemise, d'ailleurs, sa frimousse, sous l'écheveau de soie blonde qui lui servait de cheveux... (Il y a des mulâtresses dorées comme des Valkyries. On ne voit leur sang nègre qu'à la racine brune de leurs ongles, et au blanc bleuté de leurs yeux.)

—Mon petit,—dis-je à l'aspirant,—il n'y a pas deux choses à faire: ôtez-moi ce dolman, ce pantalon et le reste ... et fourrez-vous dans les draps!... Ce serait trop dommage de ne point profiter d'un sommeil semblable! Hardi! Je vous parie cent louis contre un sou qu'avant d'ouvrir les yeux, elle vous donnera la bouche!

—Mais ... si les parents surviennent?

—Je m'en charge: je les flanquerai à la porte. Allons, allons!