Le marteau du soldat frappait à coups réguliers sur les ais déjà disjoints.

—O frères! regardez cette caisse que l'insolence du caïd chrétien veut éventrer. Certes, elle ne contient pas de farine, contrairement à ce qui est écrit sur le papier. Mais que contient-elle en vérité? Des armes, ô frères! des armes pour vous, musulmans! des fusils! de bons fusils d'Allemagne, que mon maître, le sultan Wilhelm, voulait vous envoyer secrètement, pour vous affranchir! Et voilà que ce giaour, fils de chacal et de chienne...

La voix hurlante et pathétique s'interrompit soudain. Sur la caisse déjà entr'ouverte, Olivier de Serres avait sauté à côté de sid Hermann Schlaster, et froidement, sans geste ni mot superflu, appuyait son revolver sur la poitrine de l'orateur:

—Monsieur,—dit-il seulement, d'une voix très calme,—veuillez vous taire.

Une demi-seconde, sid Hermann Schlaster, suffoqué, se tut, comme on l'en priait. Mais, la demi-seconde d'après, ayant retrouvé souffle et voix, il bondit, avec une nouvelle et violente clameur:

—Ô frères!... ô frères!... regardez!... écoutez!...

Ils étaient face à face, l'officier français et le contrebandier germain. L'un pâle, mince, muet, seul.—L'autre énorme, écarlate, tonitruant,—avec, derrière lui, la foule qu'il ameutait, la foule déjà menaçante et grondante.—D'instant en instant elle devenait plus dense et plus farouche, cette foule.—Prompts et prudents, le soldat marocain et l'agent de la douane s'étaient éclipsés, flairant l'émeute et le massacre, et, sans vaine vergogne, abandonnant le chef...

Maintenant l'Allemand, dont le premier geste avait été de battre en retraite, s'enhardissait,—mille contre un,—et criait de plus belle, à pleine gorge vers cette multitude sienne. Et le Français,—un contre mille,—hésitait ... ou semblait hésiter ... quoique, toujours, revolver au poing...

Il parla pourtant à son tour, le Français. Il parla, de sa même voix calme et blanche. Et sid Hermann Schlaster ne put s'empêcher d'interrompre sa harangue incendiaire, pour écouter la brève menace de cet homme si mince, si pâle,—si seul!—qui, cependant, lui, ne reculait pas:

—Monsieur, je vous donne dix secondes pour vous taire. Si vous ne vous taisez pas,—à la dixième seconde je vous tue.