—Monsieur,—lui dit-il en français, très poliment,—vous ne devez pas, quoique personnage diplomatique, vous opposer à l'exécution des lois de ce pays. Quant à moi, j'ai l'honneur d'être ici pour les faire respecter, et j'en tiens la consigne de mon gouvernement, d'accord avec le gouvernement du maghzen. J'ai donc le regret de protéger cet agent contre votre colère injuste. Et vos caisses seront ouvertes.
Apoplectique, l'Allemand recula:
—Monsieur,—dit-il, d'abord assez bas,—monsieur, prenez-y garde!...
Il parlait en français aussi, presque sans accent; et sa voix tremblait d'une rage mal contenue. Serres, impassible, lui tourna le dos:
—Ouvrez les caisses!
Un soldat indigène à défroque rouge s'avança pour exécuter l'ordre. Il tenait un ciseau à froid et un marteau. Il frappa dans l'interstice de deux des planches. Mais, au premier coup, l'Allemand, plus leste qu'on n'eût imaginé d'après son ventre assez large, bondit sur la caisse attaquée et poussa un long cri:
—O frères!...
Il tendait ses deux bras vers la foule. Olivier de Serres, qui déjà s'éloignait, s'arrêta net et fit demi-tour. Lui aussi parlait passablement l'arabe et le comprenait mieux encore. Et il savait à merveille qu'en Afrique tout orateur qui s'époumone ne manque jamais de grouper autour de lui un auditoire d'avance convaincu.
Or, l'Allemand s'époumonait,—dangereusement:
—O frères! voici la tyrannie qui accourt des enfers du Nord pour vous opprimer tous! Voici le hideux drapeau tricolore qui s'abat sur le Moghreb comme un filet d'oiseleur sur un nid de faucons! Souffrirez-vous que des musulmans courbent l'échine sous le bâton des giaours?