Elle haussa ses épaules de fillette, désespérément:

—Oh! Fargue!... mon ami!... A quoi bon? maintenant?... puisque je sais qu'il est mort! Ne mentez plus, Fargue. Venez plutôt, venez tout de suite.

Mais, à la fin, ça devenait trop saugrenu, et j'avais perdu patience:

—Ah! non! par exemple!... je ne suis pas fou, moi, si vous êtes folle!... Non, non, non, et non! jamais de la vie!...

Elle ne se fâcha pas. Elle eut seulement un très large geste, résigné et résolu:

—C'est bien. Tant pis. Comme vous voudrez, Fargue. Ne venez pas. J'irai toute seule. Adieu, Fargue.

Elle me quitta, sans hésiter. Elle s'éloigna, rapide, coupant en diagonale l'immense rectangle du Champ de Bataille noyé de pluie.—Petite ombre pataugeant dans les flaques où dansait le reflet des réverbères, parmi la plainte des arbres et le hurlement des rafales.

Moi, je restai dix secondes, planté comme un terme sur le bord du trottoir, à la regarder s'en aller. Puis je courus après elle:

—Laurette, Laurette!... mon chéri!....

—Ah!—fit-elle, de sa mince voix douce.—Je savais bien que vous viendriez avec moi...