Nous étions sur le seuil de l'auberge, laquelle est bâtie au plus haut de la falaise, et domine la mer de quatre-vingts mètres à peu près. Et néanmoins le fracas des lames déferlant sur les deux faces du promontoire était si violent que nous étions forcés d'élever la voix pour nous entendre...
Il ne s'agissait évidemment plus de raisonner. Très doucement, je pris dans mes deux mains la menotte glacée:
—Mon cher petit, il fait noir, noir... Regardez plutôt!... Ce n'est pas la peine, à présent, de commencer les recherches... Nous n'y verrions pas clair ... pas clair du tout...
Mais elle secoua encore la tête:
—Si. Demandez une lanterne. Tout de suite.
Et, comme je me taisais, démonté, elle reprit, de cette même voix très douce dont elle soulignait ses entêtements les plus inflexibles:
—Demandez la lanterne, Fargue, s'il vous plaît ... et puis allez vous reposer, Fargue ... mon cher Fargue... Vous êtes trop fatigué, vous, je comprends bien... Mais ça ne fait rien, je peux chercher toute seule, je vous assure. Bonsoir, Fargue. Demandez seulement la lanterne. Tout de suite.
Que faire? sinon céder, céder encore, obéir?...
Et je vivrais des siècles,—sans oublier cette heure nocturne ... extravagante, oui ... et macabre ... mais par dessus tout si douloureuse qu'elle cessait absolument d'être grotesque, malgré l'absurdité sans nom de toute l'aventure...
... Des siècles, en vérité!—sans oublier ce chaos prodigieux de la mer, du ciel, de la terre, confondus, enchevêtrés, roches à lames, lames à rafales, pêle-mêle, tels, dans leurs plus sanglantes étreintes, deux ennemis ou deux amants acharnés... Des siècles,—sans oublier cette écume blême des flots phosphorescents, seule, lueur qui, par intervalles, perçait la surnaturelle obscurité.