Et, surtout, des siècles, et des siècles de siècles!—sans oublier le petit fantôme pâle, épuisé, à bout, qui vacillait devant moi, dans le halo trouble de ma lanterne, et dont les pauvres yeux, brûlés de larmes plus amères que l'océan même, s'usaient désespérément à fouiller et à sonder, pierre par pierre, vague par vague, l'impénétrable nuit...

XV

Enfin, quand reparut l'aube grise et froide, Loreley Loredana, tout d'un coup, trébucha, écrasée de fatigue, et tomba.

Je dus la rapporter, inerte, dans mes bras, jusqu'à l'auberge du Raz.

Comme une toute petite fille ensommeillée, je la déshabillai, je la couchai. Mais elle avait outre-passé sa faible vigueur. Et, au lieu du repos, ce fut la fièvre qui vint; une fièvre très légère, sans gravité aucune, qui retardait seulement le repos. Je n'osai cependant pas quitter le chevet de la malade, à cause du grand vent terrible qui secouait toute l'auberge, sans trêve, et secouait davantage encore le pauvre cœur de la pauvre Loreley Loredana.

Elle m'avait demandé, tandis que je la bordais dans son lit:

—Fargue, par cette tempête-là, est-ce que les vagues mettent longtemps à pousser les ... les trépassés ... jusque dans la baie?...

Et je ne voulus pas que la fièvre tournât en délire. J'entonnai donc une fois de plus le refrain:

—Il n'est pas mort, Laurette! Je vous affirme qu'il n'est pas mort. Je vous jure qu'il n'est pas mort. Je vous donne ma parole d'honneur qu'il n'est pas mort...

Et une idée me vint, qui me parut très propre à ramener un peu de calme dans la petite tête trop chaude: