Daignez, Madame, leur être indulgente, comme on l'est aux moribonds; et ne leur en veuillez pas trop s'ils heurtent parfois de front, un peu brutalement, vos opinions les plus respectables et vos habitudes les plus ancestrales. Ce ne sera pas malice de leur part. Pardonnez-leur en songeant que leurs habitudes et que leurs opinions à eux n'ont jamais ressemblé à celles du reste de la planète, et que c'est à cause de cette dissemblance, et faute d'avoir su se modifier, s'adapter et se civiliser, à l'instar de toutes raisonnables créatures, qu'ils auront très bientôt débarrassé le monde de leur baroque existence.

C. F.


[LEURS AMIES, GRANDES ET PETITES]


LA DOUBLE MÉPRISE DE LORELEY LOREDANA
CHANTEUSE D'OPÉRA-COMIQUE

à Pierre Louÿs, fidèlement,
C. F.

I

Je me souviens exactement de la date, et pour cause: ce fut le 31 décembre 1894,—un lundi,—que, pour la première fois, j'entendis parler de Loreley Loredana, chanteuse d'opéra-comique. Il pleuvait, ce lundi-là,—comme il pleut souvent à Brest en Bretagne;—et la rue de Siam n'était qu'un cloaque, où le pas des passants faisait gicler des feux d'artifice de boue.

Moi, j'avais quitté ma Victorieuse, après dîner, par le canot-major de huit heures. Sur rade, il ventait grand frais du sud-ouest,—c'est suroît qu'il faut prononcer;—et le clapotis était dur. Dans la chambre du canot, nous étions cinq ou six enseignes à nous pelotonner en tas, sous l'abri douteux des manteaux suédois à grand capuchon. Au pont Gueydon, il fallut faire queue pour accoster, car les embarcations de toute l'escadre arrivaient ensemble. Les patrons s'injurièrent comme il sied, et il y eut des avirons engagés.