VIII

A monsieur Henri Précy,
officier de marine,
à bord du Calédonien,
en rade de Toulon.

Paris, 17 avril 1902.

Je vous ai mal compris, vous m'avez mal comprise; je me suis fâchée, vous vous êtes fâché; nous avons eu tort tous les deux. Mais je vous demande pardon la première!—Vous le voyez bien, monsieur mon ami, que je ne demande qu'à vous croire!

Oui, je l'accepte, le nom que vous m'avez choisi. Je serai Ninon, puisque Ninon vous plaît. Mais est-ce qu'une certaine madame de Lenclos ne s'est pas appelée de la sorte avant moi? Je trouve à ce rapprochement une nuance perfide... Monsieur mon ami! songez que je suis une petite fille, aux idées tout à fait bornées!... Ça ne fait rien. Fiat voluntas tua! comme on dit au catéchisme de persévérance...

Elle est injuste, votre lettre! Qui? moi? je n'ai pas d'amitié pour vous?—Mais pas plus tard qu'hier j'ai démoli quatre piles d'Illustrations pour découvrir une photographie de votre vaisseau!... Et j'avais le poignet foulé!... c'était un vrai martyre! Ce n'est pas de l'amitié, cela?—Je suis découragée!—Sans doute n'ai-je pas assez d'esprit ... et peut-être pas assez de cœur ... pour vous écrire des lettres qui sauraient vous persuader...

Voyons, méchant ami, réfléchissez: en vous écrivant je risque ce que j'ai de plus cher,—ma liberté!—Eh oui! ma liberté d'écrire, de lire, de sortir quand je veux, d'aller où il me plaît... Si maman me découvrait, je serais sûre de mon affaire!... Et, pourtant, je vous écris ... je ne peux pas m'empêcher de vous écrire...

IX

A monsieur Henri Précy,
officier de marine,
à bord du Calédonien,
en rade de Toulon.

Paris, 1er juin 1902.