Leurs yeux s'entre-regardaient sans aménité. Leurs doigts s'effleurèrent en saisissant les cartes, avec un air de vouloir se griffer.
—Carte?
—Huit!...
Il y eut un brouhaha: l'Allemande avait encore gagné.
Rien n'est plus étranger à une Japonaise que le jeu, dans le sens où l'on entend ce mot lorsqu'il s'agit de baccara. Le Japon ne connaît, en fait de cartes, qu'un tarot spécial, délicatement enluminé d'oiseaux et de fleurs et dont les jeunes filles jouent entre elles avec autant d'innocence que jouent nos fillettes à pigeon-vole ou au furet. La marquise Yorisaka, quoique ayant vécu, comme elle s'en vantait parfois, quatre années à Paris, n'avait jamais fait qu'y entrevoir, dans les salons diplomatiques, une ou deux tables de whist, silencieuses et graves à souhait.
—Il y a huit cents yens,—proclamait la dame allemande, non sans quelque insolence.
Et comme sa rivale vaincue se taisait:
—Vous ne faites plus banco cette fois?
Défiée de la sorte, la dame anglaise rougit excessivement. Mais huit cents yens font quatre-vingts livres sterling et la somme est rondelette, surtout pour qui vient de perdre déjà l'équivalent. La dame anglaise n'avait sans doute plus quatre-vingts livres sterling, car elle se retourna vers la galerie, implorant à la ronde une association:
—Moitié avec moi?