—Cela est très bien dit!—affirma Mrs Hockley.

Et elle fit apporter d'autres cocktails.

Un peu plus tard, la marquise Yorisaka, toujours accaparée par le prince Alghero, entra au salon de jeu.

Depuis un temps, elle marchait dans une sorte d'étourdissement. Elle avait très chaud, et ses tempes battaient comme d'une fièvre singulière. Une gaîté sans cause était en elle, et jaillissait parfois en rires imprévus. A présent, quand elle sentait contre sa main nue la pression câline du bras où elle s'appuyait, elle y répondait complaisamment des doigts et de la paume.

Les dames japonaises goûtent quelquefois au saké national. Mais le saké est une liqueur si douce qu'on la boit comme nous buvons le vin sucré, à pleins bols et brûlante, et qu'un homme en avale volontiers deux ou trois douzaines de coupes en une seule nuit. Les cocktails yankees sont d'humeur moins bénigne, et même le champagne français, quand on l'alcoolise un tantinet...

Entre les tables de bridge et les tables de poker, quelques joueurs très cosmopolites avaient improvisé un baccara. Un baccara sans banquier, un tout petit chemin de fer, qui tournait agréablement autour du tapis, et vidait au passage les mains imprudentes pour le juste profit des mains avisées. A l'instant que la marquise Yorisaka entrait, le hasard des cartes attirait justement vers ce baccara la curiosité générale. La partie en effet y touchait à l'une de ces minutes passionnées où le jeu cesse d'être un plaisir et devient une lutte. Deux jeunes femmes, l'une Allemande et l'autre Anglaise, celle-là assise et tenant les cartes, celle-ci debout et pontant, s'affrontaient, un gros tas de billets entre elles. L'Anglaise venait de perdre cinq fois de suite et ses mises cinq fois doublées avaient seules fourni la forte liasse qui, selon la règle du chemin de fer, devenait l'obligatoire enjeu du sixième coup, si ce coup était tenu.

Ironique et légèrement agressive, l'Allemande comptait:

—Cinquante, cent, deux cents. Il y a quatre cents yens.

Opiniâtre, l'Anglaise lança le défi:

—Banco!