—Où?

—N'importe où. Ailleurs. A une table qui ne réunira pas sous votre complaisante protection la marquise Yorisaka et le prince Alghero.

Il salua et fit demi-tour. Elle hésita une demi seconde. Puis, prompte, elle allongea la main et le retint par la manche.

—François! je vous prie! ne boudez pas!

Très rarement, Mrs. Hockley daignait laisser apercevoir qu'il n'était pas indifférent, même à une Américaine très belle et très millionnaire, de garder en cage, et de montrer, à tout venant, l'héritier le moins indigne des Titien et des Van Dyck,—Jean-François Felze. Mais ce soir-là, elle s'oublia. C'est qu'en vérité, ce Felze fantasque choisissait bien mal son heure d'être rétif: l'heure exacte d'un dîner qu'il eût incontestablement rehaussé de sa présence!

—François! je vous prie! Écoutez raisonnablement! Je ne puis pas, sur votre caprice, renvoyer une nombreuse compagnie que j'ai invitée avec prières... Mais je regrette beaucoup vous avoir fâché, quoique je ne comprenne pas comment. Et je vous promets de faire tout ce qu'il vous plaira pour que vous me pardonniez. Oui, ce qu'il vous plaira ... dès demain ... ou ce soir même.

Elle appuyait sur Felze un regard insistant et ses lèvres se fronçaient comme pour une offre sensuelle.

Mais son instinct yankee, pétri d'une ruse trop grossière, l'avait conseillée à rebours. Felze était Français, et le plus habile des grands corrupteurs, Walpole, notait déjà, il y a trois cents ans, combien délicatement doit se négocier l'achat d'une conscience française...

Felze, pâle l'instant d'avant, devint plus rouge que le ciel de l'ouest, et violemment, se cabra:

—Parbleu!—dit-il.—Il ne vous manque plus que de m'offrir un chèque! Mais pour ce chèque-là, j'ai peur que vous ne soyez pas assez riche!