Philosophe par profession, le kouroumaya ayant dûment entendu, n'objecta plus rien.
Mais, comme le léger équipage s'ébranlait, Felze songeant tout à coup à une lettre qu'il voulait écrire et songeant aussi qu'il commençait d'avoir faim, fit toucher d'abord au restaurant européen le plus proche.
Il dîna, il écrivit. Puis, remontant en kourouma, il répéta son premier ordre:
—Mogui.
Un second coureur était venu s'adjoindre au premier, comme il sied pour les courses fatigantes. La nuit était fraîche; Felze assujettit autour de ses jambes la couverture de laine brune, s'enfonça dans les coussins, et regarda les étoiles. Déjà la voiturette, au grand trot des quatre jambes nues, jaunes et musclées, avait dépassé la limite des faubourgs, et roulait sur une route déserte.
Et l'aventure s'acheva comme s'achèvent toutes les aventures.
Presque au zénith, la lune luisait dans le ciel nocturne, blanche comme un croissant de jade parmi la chevelure bleue d'une mousmé. Et, tout alentour, des nuages couleur de perle flottaient, incessamment chassés, déformés, métamorphosés par la brise. Felze suivait des yeux leur vol changeant, comme un tableau magique, dessiné par le vent, colorié par la lune. Dans le décor étoilé du firmament, des figures pâles et floues s'agitaient avec lenteur, et leurs gestes confus semblaient le reflet mystérieux d'autres gestes, de gestes réels et humains que des êtres vivants accomplissaient sans nul doute, dans la même seconde, quelque part, sous l'infaillible miroir des cieux.