Trois grands oiseaux noirs, cigognes ou grues, traversèrent tout à coup la voûte lactée, volant à tire d'aile des montagnes de l'est aux montagnes de l'ouest. Mais Jean-François Felze ne les vit pas.
Jean-François Felze avait fermé les yeux, obsédé par l'apparence bizarre d'une grande nuée, qui s'allongeait, pareille à une femme demi-nue, couchée sur un lit. Deux autres nuées, toutes proches, se découpaient comme deux autres femmes, assises auprès de la première, dans une attitude d'extraordinaire intimité...
[1] Tchaya, maison de thé. Yadoya, auberge.
XX
Tcheou Pé-i, étendu sur trois nattes au milieu de la fumerie odorante, fumait sa soixantième pipe, quand un serviteur coiffé d'une toque à boule d'albâtre[1], souleva le rideau de la porte, et, saluant, selon la règle, la tête inclinée bas, les poings réunis et secoués au-dessus du front, supplia le maître de daigner recevoir un message qu'un étranger venait d'apporter..
Tcheou Pé-i soutenait dans sa main gauche le bambou d'une pipe que l'enfant agenouillé près du plateau guidait au-dessus de la lampe. Tcheou Pé-i ne s'interrompit point, et ne remua pas sa main. Mais, muet, il ferma les yeux pour consentir.
Dans l'instant, le rideau de la porte s'écarta encore et le secrétaire intime, très vieil homme coiffé d'une toque à boule de corail ciselé[2], entra. Correct, il fit d'abord le geste de se prosterner. Mais Tcheou Pé-i, affable, se hâta de l'en empêcher.
Debout, le secrétaire intime offrit le message. C'était une lettre européenne, contenue dans une enveloppe cachetée. Tcheou Pé-i n'y jeta qu'un regard.
—Ouvre,—dit-il avec politesse,—et permets que je t'ennuie et te fatigue; prête-moi ta lumière.