Les serviteurs présents reculèrent aussitôt, avec la discrétion prescrite. Seul demeura l'enfant préposé aux pipes, parce que l'opium est au-dessus de tous les rites.
Le secrétaire, respectueux et prompt, fouillait déjà sa ceinture, et, détachant son stylet, fendait l'enveloppe:
—Je me conforme humblement,—murmura-t-il,—à l'ordre du Ta-Jênn.
Et il déplia la lettre. Ses yeux obliques se rapetissèrent.
—Les nobles caractères,—annonça-t-il,—sont de la langue que parlent les Fou-lang-sai.
—Lis avec ta science,—dit Tcheou Pé-i.
Le secrétaire intime avait jadis accompagné en Europe l'ambassadeur extraordinaire. Et son français n'était pas inférieur à celui de Tcheou Pé-i.
—Je me conforme humblement,—dit-il encore,—à l'ordre très noble...
Et il commença de sa voix rauque, déshabitué des sons occidentaux:
Lettre du stupide Fenn à son frère aîné, très vieux et très sage, Tcheou Pé-i, le grand lettré, académicien, vice-roi, et membre des conseils impériaux.