Derechef, le silence régna. Par les trous du casque blindé, on continuait de ne rien apercevoir, rien que la brume et que la mer. Yorisaka Sadao, patient, cessa de regarder. Il prit son télémètre, et, scrupuleusement, le vérifia. Les miroirs n'étaient pas tout à fait parallèles: il corrigea l'erreur. Un télémètre de tourelle, mon Dieu! ce n'est pas grand'chose de précis. Mais si les télémètres de blockhaus venaient à manquer, comme au 10 août... Faute de sabre, le héros Yoshits'né dégainait un éventail...

Yorisaka Sadao reposa le télémètre, et, une fois de plus, haussa la tête. Est-ce que le brouillard n'allait pas se dissiper enfin?... Ah! du nouveau: un signal montait aux drisses, et le Mikasa, brusquement, venait sur la gauche...

Le timbre électrique résonna. Au tableau transmetteur deux lampes s'allumèrent; les aiguilles tournèrent sur les cadrans. Les trompettes de toute l'armée lançaient encore une fois leurs notes aigres. Yorisaka Sadao, soudain raidi sur sa sellette, commanda:

—Préparez-vous à combattre par tribord!... Tourelle à gauche! quatrième vitesse!

La tourelle, déjà, obéissait, pivotait.

—Distance, sept mille trois cents mètres! Correction: cinq millièmes à droite! Stop!

Les deux longues volées se dressèrent, braquant très haut leur gueule en arrêt. Yorisaka Sadao se pencha, fouillant des yeux la ligne trouble où se mêlaient le ciel et la mer... Oui... là-bas, droit au sud ... parmi les nuages opaques entassés sur l'horizon ... des volutes noirâtres montaient,—trois, quatre, cinq, régulièrement espacées ... sept, huit ... et d'autres encore ... douze, quinze, vingt, trente...

—Amorcez! Armez!

La voix calme ne tremblait pas, pas du tout.

L'appel téléphonique tinta. Yorisaka Sadao décrocha le récepteur: