—Allo!... Oui ... l'amiral télégraphie?...

Il se baissa, fit face aux canonniers, et répéta, sans un mot de commentaire:

—L'amiral télégraphie: «Le salut de l'Empire dépend du résultat de la bataille. Tous, faites votre devoir!»

Cette fois, la voix moins calme avait tremblé un peu. Mais, dans le même instant, elle recouvra toute sa froideur sèche:

—Quatre-vingts degrés! Pointez sur la tête de la ligne ... oui, à gauche, sur le bateau à deux cheminées... Attention!...

Yorisaka Sadao avait saisi son télémètre, et contrôlait les distances successivement inscrites au tableau transmetteur:

—Sept mille cent!... Six mille huit cents!... Six mille quatre cents!...

Il s'interrompit une seconde. Là-bas, sur les coques ennemies, maintenant bien distinctes, des éclairs brillaient soudain: les Russes ouvraient le feu ... trop loin peut-être...

—Six mille mètres!...

Il s'interrompit encore. A moins de cent mètres du Nikkô, une immense gerbe d'eau venait de jaillir et retombait en pluie lente,—le premier obus fouettant la mer, le premier obus tiré, en ce jour décisif, par l'Occident contre l'Orient... Yorisaka Sadao, dédaigneux, toisa le haut fantôme blanc, qui achevait de s'évanouir dans la brise. Ce n'était que cela: un peu d'embrun soulevé. Ils tiraient mal...