La porte, à laquelle personne ne frappait plus, venait de s'ouvrir. Et un singulier cortège en sortait.
Des serviteurs, des servantes, tous et toutes en vêtements de voyage, tous et toutes chargés et encombrés de ces jolis paquets bien pliés, de ces jolies boîtes bien menuisées, de ces jolis sacs de papier bien indéchirables, qui sont les malles et les valises nationales du vieux Nippon, s'en allaient à petits pas, trottinant les uns après les autres, s'en allaient par le sentier de l'ouest, celui qui mène à la station de chemin de fer de Nagasaki à Moji, à Kyôto et à Tôkiô...
Et, tout à coup, derrière les servantes et les serviteurs, et suivi lui-même d'autres serviteurs et d'autres servantes, un kourouma franchit la porte et prit le sentier qui mène à la station ... un kourouma traîné par deux hommes-coureurs ... un kourouma de maître, très élégant... Sur les coussins, une forme blanche était assise...
Une forme blanche. Une femme en deuil, vêtue à l'ancienne mode, de toile unie sans ourlets, comme les rites prescrivent que soient vêtues les veuves. Une femme qui s'en allait, raide et hiératique, la tête droite et les yeux fixes:—la marquise Yorisaka...
Elle passa. Elle passa près du prince Alghero, sans lui donner un regard. Elle passa près de Mrs. Hockley, sans prononcer un mot. Elle passa près de Jean-François Felze...
Elle s'éloigna sur le sentier, lentement, et toujours entourée de son escorte...
Jean-François Felze arrêta le dernier serviteur, et l'interrogea en japonais:
—C'est la marquise Yorisaka Mitsouko,—répondit l'homme:—Yorisaka koshakou foudjin.—Son mari à été tué hier à la guerre. Elle va à Kyôto, pour vivre dans le couvent bouddhiste des filles de daïmios,—pour y vivre sous le cilice et pour y mourir,—honorablement.
Atlantique, an 1326 de l'Hégire.