Un domestique de très haute taille, vêtu de soie bleue, chaussé de soie noire, apparut sur le seuil et toisa le visiteur.
—Tcheou Pé-i?—prononça Felze.
Et il tendit au domestique une longue bande de papier rouge, toute couverte de caractères noirs.
Le domestique salua à la chinoise, la tête inclinée bas, les poings réunis et secoués au-dessus du front. Puis, respectueusement, il prit le papier tendu et referma la porte.
Felze, laissé dehors, sourit:
—L'étiquette n'a pas changé,—songea-t-il.
Et il attendit patiemment.
A l'intérieur, un gong résonna. Des pas coururent, une natte qu'on traînait sur le sol crissa. Et, de nouveau, ce fut le silence. Mais la porte ne se rouvrit pas, pas encore. Cinq minutes se trainèrent.
Il faisait assez froid. Le printemps n'était pas vieux de quatre semaines. Felze s'en souvint en sentant la bise s'insinuer sous son manteau.
—L'étiquette n'a pas changé,—répéta-t-il, parlant en soi-même.—Mais, par une nuit féconde en rhumes, bronchites et pleurésies, il n'en est pas moins dur de geler si longtemps sous le porche, durant que l'hôte, soucieux des bienséances, prépare, comme il le doit, la réception. En vérité, la fraîcheur ambiante m'incline à juger qu'en l'occurrence Tcheou Pé-i me fait un peu trop d'honneur...