Felze, étonné, scruta des yeux son hôte.

—Le Japon—continuait Tcheou Pé-i—vous a montré un foyer dont l'esprit des ancêtres est exclu; un toit sous lequel dix mille nouveautés déraisonnables ont pris la place de la tradition, et compromettent l'avenir harmonieux de la famille et de la race.

—Vous savez donc—questionna Felze—que, cette après-midi, j'étais chez le marquis Yorisaka Sadao?

—Je n'ignore rien,—dit Tcheou Pé-i.

Il leva, lui aussi, sa main vers les lanternes du plafond. Et des rayons violets jouèrent sur ses ongles longs démesurément.

—Je n'ignore rien. Ne vous ai-je pas dit que j'étais en ce lieu pour obéir à l'ordre impérial de l'Auguste Élévation?

Il expliqua:

—Dans la maison de Yorisaka Sadao, vous avez trouvé, assis du côté de l'ouest[11], un étranger de la Nation des Hommes à Cheveux Rouges[12]. Cet étranger a été envoyé ici par son prince, lequel avait souci de connaître par quelles armes et par quelle stratégie le petit royaume du Soleil Levant s'efforce de vaincre l'immense empire des Oros[13]. Mystère peu intéressant, d'ailleurs, et qu'un sage de l'antiquité ne se fût point attaché à éclaircir. Mieux inspirée par le Ciel, l'Auguste Élévation m'a envoyé, moi, son sujet, pour examiner à quel point ces armes et cette stratégie nouvelles sont susceptibles de déformer une civilisation qui, jusqu'ici, s'était réglée d'après les préceptes philosophiques de la Nation Centrale. C'est à cet examen que s'appliquent mes efforts maladroits. Pour suppléer à mon insuffisance, il m'est nécessaire d'accumuler des renseignements très nombreux. Beaucoup d'espions fidèles me servent d'yeux et d'oreilles, et usent infatigablement leurs cœurs pour m'aider dans ma tâche. En sorte que tous les secrets de cette ville et de ce royaume viennent se dévoiler ici, sur cette natte. Et c'est ainsi que je n'ignore rien.

Felze appuya sa joue sur l'oreiller de cuir:

—Pé-i Ta-Jênn,—dit-il,—vos paroles enferment un sens caché. En quoi Yorisaka Sadao manque-t-il à la piété filiale?