Les yeux scintillants se fermèrent encore, et la voix rauque prononça solennellement:
—Il est écrit dans le Ta Hio[14]: «L'homme doit d'abord scruter la nature des choses; puis développer ses connaissances; puis perfectionner sa volonté; puis régler les mouvements de son cœur; puis se corriger exactement; puis établir l'ordre dans sa famille. Alors la principauté est bien gouvernée. Alors l'Empire jouit de la paix.» Tseng Tzeu, commentant ces huit propositions, nous enseigna qu'elles ne peuvent être séparées. Si bien que—l'homme, sa famille, sa principauté, et l'Empire,—ne sont qu'un. La piété filiale s'étend à tous les ancêtres, à toute la communauté, à toute la patrie. Yorisaka Sadao, reniant le souvenir de ses ancêtres, et compromettant ainsi sa patrie, manque à la piété filiale.
Felze s'était assis...
L'enfant agenouillé près de Felze tendait une pipe toute prête. Felze prit en main le lourd tuyau d'écaille sombre et appuya ses lèvres contre le bout d'ivoire bruni. L'opium bouillonna au-dessus de la lampe, et la fumée grise roula sur les nattes en nuages pesants.
Alors Felze, la drogue audacieuse toute mêlée à son être, osa objecter au philosophe:
—Pé-i Ta-Jênn, quand l'invasion des barbares menace l'Empire, ne convient-il pas, avant d'observer les rites, de repousser l'invasion? Certes, le trésor des anciens préceptes est inestimable. Mais l'Empire n'est-il pas le vase qui contient ce trésor? Si l'Empire est subjugué, si le vase fracassé vole en éclats, le trésor des anciens préceptes ne sera-t-il pas dispersé à jamais?... La piété filiale s'étend à tous les ancêtres, à toute la communauté, à toute la patrie: Yorisaka Sadao manque-t-il véritablement à la piété filiale, s'il renie, peut-être en apparence, le souvenir de ses ancêtres et s'il modifie les règles de sa communauté, dans le dessein supérieur de sauver l'indépendance de sa patrie?
Tcheou Pé-i fumait en silence.