—L'image d'une femme stupide, pédante et vicieuse, mais belle, et qui a su, tour à tour, me donner et me refuser sa bouche habilement. Si bien que c'en est fait du pauvre imbécile que je suis...
Il s'était relevé. Il déploya le Nagasaki Press, qu'un valet venait d'apporter. Et il lut, en tête des Reuter du jour:
Tokio, 22 avril 1905.
On confirme le passage de quarante-quatre bâtiments russes[1] devant Singapore à la date du samedi 8 courant. Le vice-amiral Rodjestvensky les commandait. La division du contre-amiral Nebogatof n'est pas encore signalée. Le bruit court que le vice-amiral Rodjestvensky se serait dirigé vers la côte française de l'Indo-Chine.
Les instructions de l'amiral Togo demeurent secrètes.
Le journal froissé tomba. Felze, derechef, s'accouda au sabord.
Le vent avait sauté, comme il arrive souvent dans la baie de Nagasaki, les matins de pluie. A présent, l'Yseult était évitée cap au nord. Felze vit la côte ouest du fiord, celle qui fait face à la ville. Il n'y a guère de maisons sur cette côte-là. La robe verte des montagnes y traîne nonchalamment jusque dans la mer. Et ces montagnes plus dentelées, plus bizarres, plus japonaises que les montagnes de l'autre rive, évoquent une plus parfaite image des paysages que les vieux peintres fantasques peignirent sur le papier de riz des makemonos.
Mais sur cette côte ouest, un vallon se creuse entre deux collines, un vallon noir et sinistre d'où monte jour et nuit la fumée opaque des forges et le fracas des enclumes et des marteaux: l'arsenal. C'est en ce lieu que Nagasaki fabrique sa part de vaisseaux et de machines de guerre, et contribue, ainsi, activement, à la défense de l'Empire.
Felze regarda les montagnes fleuries et l'arsenal à leur pied. Et il pensa, littéraire:
—Peut-être ceci sauvera-t-il cela...