Elle se fit prier. Il insista.

—Oui, une autre chanson; et cette fois, une chanson japonaise...

Elle tressaillit légèrement. Sa voix se posa, pour répondre après un court silence:

—Je n'ai pas de musique japonaise dans mon casier. Et comment pourrais-je, sur un piano?...

—Prenez votre koto...

Elle leva sur lui des yeux grand ouverts:

—Il n'y a point ici de koto.

Il cessa de sourire. Il était Anglais, peu enclin aux rêveries et aux spéculations de la pensée. Mais beaucoup de siècles civilisés avaient tout de même affiné sa race. Et il ne passait pas devant les spectacles extraordinaires de la vie sans en apercevoir la grandeur ou le mystère...

Elle avait dit: «Il n'y a point ici de koto». Le koto est une sorte de harpe très ancienne et très vénérable, dont l'usage fut jadis réservé aux plus nobles dames japonaises et aux courtisanes du premier rang. Née comme elle était, la marquise Yorisaka avait certes appris le koto dès sa plus petite enfance. Et sans nul doute, sa jeunesse s'était assidûment employée à pincer avec l'ongle d'ivoire les cordes sonores. Mais les temps modernes étaient venus. Et «il n'y avait plus ici de koto...»

Herbert Fergan, tout à coup, secouant sa brève songerie, baisa une fois encore la nuque de sa maîtresse.