—Le maître me pardonnera, si je suis aujourd'hui infidèle à sa belle langue française. Mais je suis sûre qu'à bord de l'Yseult, lui-même a la galanterie de parler comme vous, madame!
Charmée, Mrs. Hockley ne marchanda ni les louanges, ni les compliments les plus directs. Réellement, la marquise Yorisaka était une enchanteresse! Et combien gracieuse, et combien jolie, et combien cultivée! Les vieux peuples d'Europe confinent leurs femmes dans la frivolité ou dans le ménage. Mais les nations jeunes ont d'autres idées et d'autres ambitions. Mrs. Hockley appréciait la supériorité de ses propres compatriotes sur les Européennes. Et elle se réjouissait de tout son cœur de voir les Japonaises marcher superbement sur les traces des Américaines.
—Vous savez l'anglais, le français, l'allemand peut-être?...
—Quelques mots...
—Le japonais naturellement. Le chinois aussi?
Ce fut le marquis Yorisaka qui répondit non.
—Vous avez reçu une instruction tout à fait occidentale! Êtes-vous allée à New-York?
La marquise Yorisaka n'y était point allée, mais le regrettait de toutes ses forces.
—Comme cette toilette parisienne vous sied parfaitement bien!... Et votre main est un bijou!
Felze, d'assez sombre humeur, ne disait mot. Et miss Vane, dédaigneuse, imitait son silence. Malgré l'empressement des maîtres de la maison, malgré la cordialité expansive de Mrs. Hockley, la réception se fût peut-être refroidie, si le commandant Herbert Fergan n'était arrivé fort à point. Le marquis Yorisaka lui marqua la plus grande amitié. Et Felze dut se dérider un peu pour n'être point impoli, car l'Anglais était en verve.