Ils ont tourné le coin de la rue. Ils vont à l'église, et, de là, au cimetière. Ils se hâtent pour en finir avant qu'il fasse nuit...

La rue, maintenant, est toute vide. Les fenêtres se sont refermées.

Moi, je suis resté où j'étais, adossé contre mon mur. La fatigue, d'un coup, est entrée dans mes membres. Je plie et m'affaisse à demi.

Je veux marcher encore, pourtant. Je traverse la rue. Je vais vers mon logis. Où irais-je ailleurs?

La porte d'allée est encore ouverte. Les draperies de deuil pendent autour. Je passe le seuil. Je m'arrête.

Une petite table est là, avec un tapis de crêpe, un encrier, une plume, et un gros registre funéraire. Le vent qui s'engouffre dans l'allée feuillette les pages encadrées de noir, couvertes de signatures pressées. C'est là que mes amis, mes camarades, et force indifférents, ont écrit leurs noms, selon la coutume.

Oui. Et sur le premier feuillet, c'est mon nom, mon ancien nom, qui est écrit,—imprimé:

Monsieur Charles-André NARCY

Capitaine breveté d'État-Major.

Décédé le 21 décembre 1908 dans sa 33e année.

J'ai pris le registre funéraire. Je l'ai caché sous mes haillons.

Et je m'en vais.