Moi, je ne m'en vais pas. Pourquoi m'en irais-je? Ce logis-ci, maintenant, c'est le mien...
XXXIX
Maintenant, tout est écrit.
J'ai posé mon crayon sur la table de pierre,—sur la dalle, sur ma dalle mortuaire, où j'épelle mon épitaphe gravée. J'ai posé mon crayon, usé jusqu'au bois. Et j' ai fermé le registre bordé de noir dont toutes les pages sont jusqu'à la dernière couvertes de mon griffonnage serré.
Tout est écrit. Il fallait tout écrire, pour que les hommes et les femmes, ignorants et menacés, sachent, et puissent se défendre. Il fallait écrire, puisque ma langue est liée, paralysée, pétrifiée dans ma bouche...
Tout est écrit. Vous qui avez lu, vous savez. Pour l'amour de votre Dieu, ne doutez pas! Comprenez. Croyez...
Le soleil est déjà bas dans le ciel. Le soir vient,—mon suprême soir. Oui: c'est tout à l'heure que je vais mourir. Ma vie est usée jusqu'au bout. La lampe s'éteint, faute d'huile.