—Comment, c'est tout? Mais voyons?... Votre mari?... Vous lui avez bien expliqué pourquoi vous vous absentiez ainsi quarante-huit heures? Vingt fois vous m'avez répété qu'il ne vous permettrait pas d'aller même à Marseille sans un motif très précis?...
J'en savais quelque chose: ç'avait été des arias sans fin pour conquérir les deux pauvres petites nuits que nous avions dormies ensemble, en six ou sept semaines.
Mais, nerveuse, elle frappa de son stick nos deux animaux, qui repartirent avec un écart:
—Eh oui! c'est le plus drôle! j'ai expliqué à mon mari, avant de le quitter!... Mais je ne me rappelle pas un traître mot de ce que je lui ai expliqué!...
—Mais quand vous êtes revenue? il vous a demandé des nouvelles de votre voyage, je suppose?
—Oui! il m'a dit textuellement,—ça, je m'en souviens à merveille:—«Es-tu contente? tout est arrangé comme tu voulais?» J'ai répondu, d'instinct; «Tout. Je suis très contente.» Et il n'a pas insisté.
—Mais le voyage lui-même? l'arrivée? Beaulieu?... En descendant du train où avez-vous été?
—Où?... heu ... à la villa, bien entendu...
—«Bien entendu»... Vous n'avez pas l'air d'en être seulement sûre...
—Si ... tout de même!... Mais j'y vois tellement trouble, dans cette affaire ... c'est comme un grand trou sombre au milieu de ma mémoire... Et, bien pis!... dès que je tâche de regarder dans ce trou, j'ai mal ... mal là ... et là...