Et elle avait semblé ne pas entendre, comme elle avait semblé ne pas voir. Et elle s'éloignait, rapide, sur la lande...
Vingt secondes durant, ma stupeur me paralysa. Mon cœur s'était arrêté. Puis il battit avec une violence folle. Et, d'un même élan, je fus debout, et à la poursuite de celle qui fuyait.
Elle descendait la pente touffue du vallon qui est entre le deuxième et le troisième seuil. Elle marchait très vite, malgré l'obstacle multiple des buissons épineux. Elle allait droit devant elle, franchissant le col du sud au nord, et tournant par conséquent le dos à Toulon. Vers le nord, c'était l'obscurité très sombre. La tache claire de la jupe disparut parmi les herbes. Je ne vis plus au-dessus de la jaquette de loutre que l'éclat blanc du collet d'hermine.
Je courus.
Mais le sol manquait sous mes pieds. Le roc, presque à nu sous le tapis de broussaille, était profondément creusé et raviné, avec d'innombrables fentes semblables à celle où, tout à l'heure, mon cheval était tombé. Je tombai à mon tour,—deux fois.—Et, me relevant, je vis la lueur blanche du collet d'hermine déjà plus lointaine.
Je criai de nouveau, à pleine gorge:
—Madeleine!...
Mais on ne m'entendit encore pas. Maintenant, j'apercevais, profilée sur le sommet du troisième seuil, la silhouette mystérieuse que, cinq minutes plus tôt, j'avais aperçue profilée sur le sommet du premier. Elle apparaissait seulement moins nette sur le ciel moins laiteux...
Je courais toujours. Et cependant je perdais du terrain. La silhouette s'enfonça lentement derrière le troisième seuil. Quand j'y parvins, moi, je ne vis plus à mes pieds que la pente déserte, avec, à ma droite, les contreforts des Mouras, et, à ma gauche, les contreforts du Grand Cap...
... Et nulle trace humaine...