L'antichambre était vaste. Deux torchères allumées ne l'éclairaient qu'à peine. J'entrevis très vaguement quatre murs peints à fresque au-dessus d'une boiserie de chêne ou de noyer, presque noire. Des portes basses, à l'ancienne mode, se confondaient avec la boiserie. Deux grands trophées de chasse étaient l'unique ornement.
Mais ce que je vis avec netteté, sitôt le seuil franchi, ce fut, debout en face de moi, et la main gauche encore posée sur la serrure que cette main venait d'ouvrir, un vieillard, tellement identique au vieillard qui m'avait guidé qu'involontairement je me retournai, pour vérifier qu'ils étaient bien deux hommes différents, et non pas un seul avec son image reflétée dans quelque miroir:—même barbe, longue et large, plus blanche que neige; mêmes yeux graves et immobiles... Oui, je me retournai, doutant d'une identité si exacte. Mais les deux hommes étaient réellement deux:—le père et le fils.—Le fils s'inclina devant le père, avec respect. Et ce respect seul me permit désormais de discerner le fils du père, tous deux m'apparaissant également vieux,—également centenaires!—quoique également robustes et droits,—verts,—jeunes!
D'instinct je m'étais arrêté, et je saluais bas mon hôte. Il me rendit poliment mon salut, mais sans dire mot. Ses yeux me dévisageaient avec la plus précise fixité. A la fin, ils s'écartèrent de moi, le temps d'un clin d'œil, et je sentis qu'ils interrogeaient mon guide, impérieusement.
Et le fils dit au père:
—Monsieur, j'ai cru bien faire en amenant ici monsieur, que j'ai trouvé sous la pluie, et dans l'état où vous le voyez, égaré ou perdu, à l'entrée du labyrinthe de pierres.
Il parlait à mi-voix, comme s'il eût craint de troubler le repos de gens endormis.
Un silence succéda, que je trouvai long. Puis le père répondit au fils:
—Vous avez, je pense, bien fait, monsieur.
Lui aussi parlait à mi-voix.
La politesse surannée du dialogue m'étonna. Je m'avisai de détailler alors l'habit de ce vieil homme qui employait pour parler à son fils les formules cérémonieuses de l'avant-dernier siècle. Ce n'était qu'un gros vêtement de velours à côtes, pareil de tous points au vêtement que portait le fils. Les molletières seules en étaient remplacées par des bas de laine, et le pantalon, par une culotte bouclée au genou.