—Monsieur,—dit-il,—j'oubliais de vous avertir: nous avons, sous notre toit, et précisément non loin de votre appartement, un malade. Oserai-je en conséquence vous prier de vouloir bien faire peu de bruit?
C'était la seconde fois qu'on me demandait d'être, dans cette maison, silencieux; et ç'avait été, l'une et l'autre fois, sous deux prétextes différents...
Au même moment, une très petite sensation me fit tressaillir. Et, pour être exact, ce ne fut pas moi-même qui tressaillis, mais plutôt cet être subconscient qui habite en nous, et qui veille quand nous dormons, et qui a sa mémoire propre, distincte de la nôtre:—Par dessous l'autre porte,—la porte qui demeurait fermée,—une bouffée d'air tiède passa. Il faisait assez froid dans l'antichambre. Sans doute derrière cette porte close, y avait-il un appartement mieux chauffé...
Or, cette bouffée d'air tiède, je la sentis odorante;—parfumée;—parfumée d'un parfum, qui, tout d'abord, étonna mes narines, mais que je ne reconnus pas; que mon subconscient, seul, reconnut...
Et moi, je franchis la porte ouverte, avant d'avoir compris,—avant d'avoir compris ce qu'il y avait derrière la porte fermée...
XV
Derrière la porte ouverte, il y avait un corridor. Et, au bout du corridor, une autre porte. Cette porte-ci passée, mon guide éclaira six marches. Je vis qu'elles étaient du même carreau rouge que le dallage de l'antichambre. Le bord seul en était de bois, et très usé.
Au haut de ces marches, mon guide poussa une dernière porte. J'entrai dans une pièce très obscure, et je m'arrêtai presque sur le seuil, craignant de heurter quelque meuble. Mon guide ôtait cependant le verre de sa lanterne, et commençait d'allumer les trois bougies d'un énorme candélabre de fer, dont le pied triangulaire reposait sur le sol même, et figurait un faisceau de lances. La chambre, éclairée, m'apparut ancienne et rustique, meublée seulement de ce candélabre, d'une chaise et d'un lit, les deux derniers objets très simples,—paysans.—Mon guide alors me salua: