Au fait, il y avait une fenêtre, à cette chambre-prison... Je m'en approchai, je collai mon front à la vitre, je plongeai mon regard dans l'obscurité extérieure... Rien. Du noir. Du noir opaque, proche de mes yeux... Un lierre épais formait écran, un lierre touffu, reliant entre eux, d'un tissu véritable, des barreaux de fer entre-croisés. Prison, oui.


Derrière l'une des cloisons, des pas troublèrent un instant le silence. Et le silence, de nouveau, fut absolu.

Maintenant, j'étais couché sur Je lit, et j'attendais, prêt à tout: habillé, botté, la main au pistolet. J'attendais, et je retenais mon souffle, guettant chaque murmure qui naîtrait...


XVI

Peu à peu, le calme était rentré dans ma tête et dans ma poitrine. Maintenant, toujours couché sur le lit, je continuais d'attendre, habillé, botté, la main au pistolet. Et cette main, résolument prête à tuer, ne tremblait plus. La certitude d'une issue prochaine à l'Aventure, la probabilité d'une bataille à livrer, la nécessité d'être vainqueur,—autant de cordiaux puissants qui agissaient avec énergie sur mes muscles et sur mes nerfs. J'en étais à ne plus m'étonner; je veux dire, à réprimer mon étonnement, à l'ajourner.—Madeleine en ce lieu, à cette heure, non, cela ne s'expliquait point, d'aucune explication vraisemblable. Mais, pour le moment, cela n'avait pas besoin d'être expliqué. Et je remettais à plus tard,—à l'instant qui suivrait le combat et la victoire,—toutes conjectures superflues.


Les trois bougies du candélabre brûlaient toujours. Déjà je les voyais moins longues. Une fois de plus, je consultai ma montre. Il était deux heures et demie. Les bougies risquaient fort de durer moins longtemps que la nuit. Je songeai qu'il faut voir clair pour user profitablement d'un pistolet. Je me levai, je fus au candélabre et je soufflai deux lumières sur trois. Après quoi je me recouchai. Sur les carreaux du dallage mes éperons avaient grincé, et faute d'un tapis, le talon de mes bottes sonna assez bruyamment sur le sol. Enfin, comme j'appuyais le genou sur le bord du lit, le sommier cria: un cri mince et long, métallique, et qui avait force chances, pour peu qu'on me surveillât, d'être entendu à travers deux ou trois cloisons, dans le silence absolu du lieu. Or, j'eus tout juste le temps de former cette pensée dans ma cervelle: comme en écho au cri du sommier, la serrure cria à son tour.

D'un sursaut violent, je fus à bas du lit. Je dus faire un effort pour ne pas empoigner tout de suite mon arme et pour ne pas la braquer au hasard sur cette porte qui allait s'ouvrir.